Histoire de la Commanderie

Vous êtes déjà passés devant cette grande maison en pierre, au cœur de Boersch ?
Certains l’appellent « le château », d’autres « la maison du Commandeur ».
Nous, nous l’appelons simplement La Commanderie — notre maison, notre coup de cœur, un lieu qui nous a instantanément attrapés par le cœur.

Dès notre installation, impossible de rester indifférents. Cette bâtisse dégage quelque chose de puissant et de doux à la fois. Un charme que l’on ne s’explique pas vraiment… alors nous avons voulu comprendre son histoire. Et c’est là que tout a commencé.

Boersch, petite cité au grand passé

Difficile d’imaginer, en flânant dans ses ruelles aujourd’hui si paisibles, que Boersch a traversé des périodes mouvementées.
La première mention de la ville remonte à 1291, lorsqu’elle est rachetée par Conrad III. En 1317, elle est déjà protégée par des fortifications, d’abord en terre puis, plus tard, en pierre.

Les trois portes que l’on peut admirer encore aujourd’hui rappellent la Boersch médiévale.
En 1340, l’évêque de Strasbourg y voit une place stratégique : la ville devient alors un oppidum, une véritable cité fortifiée. Deux grandes tours surveillent Boersch : l’une au sud, l’autre à l’ouest — tout près de l’emplacement où s’élèvera plus tard notre maison.

La fameuse Pfaffen Thurm, elle, existait déjà avant 1499. Cette même année, un chemin fut tracé à ses pieds : la *Pfaffengass*, devenue aujourd’hui notre rue du Dôme.

Mais Boersch n’a pas connu que l’essor médiéval. Entre les XIVᵉ et XVIIᵉ siècles, la ville passe par les assauts des troupes épiscopales, protestantes, puis suédoises et françaises.
Elle est pillée, détruite, reconstruite… jusqu’à ce que ses fortifications tombent en ruine.
En 1758, la Pfaffen Thurm est définitivement arasée, ses pierres visibles aujourd’hui dans le jardin voisin du nôtre.

Malgré tout, Boersch se relève toujours. C’est une petite cité qui a du caractère, et cela se ressent encore aujourd’hui à chaque coin de rue.

La naissance de La Commanderie

Après avoir découvert l’histoire mouvementée de Boersch, une question s’imposait :
Qui avait construit notre maison ? Et pourquoi ici, contre l’ancien rempart ?

Les archives sont rares, mais deux inscriptions gravées sur les murs nous ont offert un début de réponse.
Elles révèlent qu’en 1496, la parcelle fut achetée par Niclaus Meiger, Commandeur de l’Ordre des Chevaliers Teutoniques de Strasbourg.
Puis, en 1498-1499, la maison fut construite.

Il ne s’agissait pas d’une commanderie complète — mais bel et bien de la maison du Commandeur, dépendante de la commanderie de Strasbourg, fondée en 1273 et détruite en 1633.

En clair :
Nous vivons aujourd’hui dans l’ancienne maison du Commandeur de l’Ordre Teutonique.
Et rien que ça, ça donne le vertige.

Une maison qui a traversé les époques

La Commanderie n’a jamais cessé de se transformer. En l’observant de près, on lit littéralement les siècles sur ses murs.

Les origines médiévales


Adossée à l’enceinte du XIVᵉ siècle, la maison conserve une portion impressionnante du rempart d’origine : plusieurs mètres de haut, un ancien chemin de ronde, des corbeaux de pierre…
Et même une latrine médiévale en grès rouge, encore visible. Oui, un vrai morceau du quotidien du Moyen Âge !

Le XVe siècle : une porte pleine d’élégance

La porte d’entrée, avec son linteau en accolade sculpté dans le grès jaune et peint en rouge, date de la fin du XVe siècle.
Un style comparable à celui du Koïfhus de Colmar: un détail architectural rare et précieux.

L’aile ouest, datée de 1623 grâce à des analyses dendrochronologiques, respire la Renaissance.
On y trouve des fenêtres à meneaux, des décors feuillagés, et un superbe pan de bois orné de croix de Saint-André.
Une véritable signature architecturale.

Le XVIIe siècle : l’esprit Renaissance

L’aile ouest, datée de 1623 grâce à des analyses dendrochronologiques, respire la Renaissance.
On y trouve des fenêtres à meneaux, des décors feuillagés, et un superbe pan de bois orné de croix de Saint-André.
Une véritable signature architecturale.

Le XIXe siècle : le renouveau

Les ailes centrale et orientale prennent leur silhouette actuelle au XIXᵉ siècle.
Puis, en 1906, la maison gagne en charme avec une magnifique galerie en bois réalisée par les ateliers Spindler de Saint-Léonard, célèbres dans toute l’Alsace.

Des détails qui en disent long

Juste derrière la porte cochère, un puits ancien veille discrètement. Sa margelle en grès rouge rappelle les puits du XVIᵉ siècle visibles à Rouffach ou Kaysersberg.

Dans la cour, trois lions sculptés semblent garder l’entrée :

* deux lions couchés du XVIIIᵉ siècle, provenant du Palais Rohan de Saverne,
* un lion dressé du XIXᵉ siècle, issu des ateliers de la Cathédrale de Strasbourg.

Autrement dit : la maison est pleine de trésors, même dans les détails les plus discrets.

Notre chantier XXL…
à découvrir très prochainement

Découvrir l’histoire de La Commanderie a été pour nous un véritable voyage.
Chaque pierre, chaque poutre, chaque recoin raconte quelque chose.
Vivre ici, c’est un peu comme traverser sept siècles d’histoire simplement en ouvrant les volets le matin.

La Commanderie a connu les remparts médiévaux, la Renaissance, les guerres, les embellissements du XIXᵉ siècle…
Et aujourd’hui encore, elle continue d’écrire son histoire avec nous, et avec vous, qui venez la découvrir.

Alors lorsque vous passerez à Boersch, prenez un instant pour lever les yeux vers ses murs.
Ils murmurent le passé — et ils sourient au présent.

Prêts pour la saison des travaux ? Nous… pas vraiment. Et pourtant !
On vous raconte tout dans un prochain article du Journal.